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Bernard Fainzang,
2006
écrivain, auto-éditeur, du pays d'Auch |
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| Labo d'écriture : Premier brouillon |
Premier brouillon
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Dimanche, j'ai franchi le pas. Le site va être référencé. Deviendra-t-il un port d'attache pour les navigateurs du net ? C'est le vœu que je me suis efforcé de traduire dans le court texte que l'on m'a demandé de rédiger pour en décrire le contenu. 250 caractères, pas plus. Le poids de la ponctuation qui dévore l'espace disponible à la moindre virgule, mais le choc des mots : écrivain, auto-éditeur, Gascogne, camp de Gurs, laboratoire d'écriture... Et puis, littérature. Autant de phares prompts à éclairer la sombre quête des moteurs de recherche ! Sans me vanter, ça donne ceci : « Bernard Fainzang vit en Gascogne. Ecrivain auto-éditeur, il vous offre un voyage en littérature, de l'histoire du camp de Gurs à nos jours. Son laboratoire d'écriture vous est ouvert. Bonne escale sur le paisible rivage de son site littéraire. » [243 caractères, pas mieux. Eh bien que les 7 nains manquants trouvent leur Blanche-Police !] Pour me vanter, disons que je me suis modestement enregistré dans la catégorie « page web personnelle ». La seule référence à la littérature – au pluriel qui plus est – apparaissait dans la rubrique intitulée « charme/sexe adulte /littératures » (NDLR : pour "sexe adulte" comprendre "pas cryptogames" s'il est fait allusion à de belles plantes). J'ai peut-être eu tort de snober le « net rose ». Cependant, je n'avais pas le cœur à imaginer le dragueur réel surfant sur la toile virtuelle et tombant sur ma photo. |
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Nanard marchant sur l'eau, 'y a quelque deux mille ans, ça aurait pu le faire. De nos jours, c'est un truc à avoir des ennuis. Publicité mensongère, ça va chercher combien ? Quant à ma photo, j'en connais déjà un auquel elle ne revenait pas. Mon incorrigible fils m'a demandé : |
Sans me vanter, négliger le public sexuellement intéressé et, dans la foulée, les moins de vingt ans, il va vraiment falloir qu'ils carburent les moteurs de recherche... |
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J'ai donc franchi le pas, sans réfléchir aux conséquences néfastes que cette double négligence pouvait entraîner. Tant pis ! Je m'apprête à persévérer dans l'erreur, en inondant mon carnet d'adresse de l'URL du site incriminé, avec l'espoir que l'annonce fera boule de neige. Dans cet ordre d'idée, j'ai reçu l'autre jour le message d'un moine tibétain du seizième siècle. J'en étais le soi-disant trois million sept cent huit mille cinq cent cinquante-septième destinataire. Voilà mon tour venu de lancer une nouvelle chaîne. Et salut à toi qui t'égarera sur mon site en 2469. Vis à fond cette année que je pressens érotique (NDLR : où l'auteur démontre son inconsistance à flatter ainsi le dragueur susmentionné qu'il prétendait tenir éloigné dudit site). Surtout, sois indulgent quand tu liras le slogan auquel j'attache dorénavant mon destin littéraire : « un écrivain du dimanche, à lire tous les jours de la semaine ». Une pâle imitation publicitaire de Léo Malet et de son détective fétiche qui mettait le mystère knock out. Moins glorieux : une non moins pâle copie de ces chauffeurs dominicaux, qui encombraient maladroitement les routes de mon enfance.
Écrivain du dimanche, ce jour chômé qui vous file entre les doigts à une de ces vitesses. Voilà une piètre entrée en matière pour justifier que je n'ai guère écrit ces derniers temps. La vitesse est un fameux handicap lorsque l'on est plutôt du genre « dis, t'aurais pas trois heures à me consacrer, j'ai deux mots à te dire ». Elle se repaît de pages blanches et les projets demeurent à l'état de projet. Je n'en suis qu'à élaborer le plan d'une future histoire. Pas assez avancé pour que j'en écrive plus, sauf à transformer d'emblée ces chemins d'écriture en impasses. |
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Lasseube Propre, le mardi 31 octobre 2006 par l'écrivain du dimanche, à lire tous les jours de la semaine |